Enregistrer une guitare électrique : DI box, interface ou ampli
Brancher ta guitare électrique en direct, passer par une DI box, jouer sur une simulation d'ampli ou microphoner ton ampli : les branchements, les impédances, les niveaux et le réamp expliqués simplement.
Piste 13 Bus C · Enregistrer chez soi · 8 min de lecture
Brancher une guitare électrique dans un ordinateur paraît simple : un câble jack, une interface, et c'est parti. Puis le son arrive étouffé, ou plein de souffle, ou avec un léger retard qui rend le jeu bancal. La guitare électrique a une particularité que les autres instruments n'ont pas : ses micros passifs produisent un signal faible, à haute impédance, qui se dégrade dès qu'on le branche sur la mauvaise entrée. Tout le reste en découle, du choix de la boîte de direct à la simulation d'ampli.
À la maison, trois chemins existent. Le plus courant consiste à brancher la guitare en direct dans l'interface et à jouer à travers une simulation d'ampli dans l'ordinateur. Le deuxième passe par une DI box, utile dès que les câbles s'allongent ou que tu veux garder ton ampli dans la boucle. Le troisième, le plus classique, consiste à placer un micro devant le haut-parleur de l'ampli. Ce guide explique les branchements, les niveaux d'entrée et les astuces pour garder la possibilité de changer de son après coup.
L'impédance, ce qui change tout dans le branchement
Les micros d'une guitare électrique passive ont besoin d'une entrée qui « charge » peu le signal, c'est-à-dire une entrée à haute impédance. Sans entrer dans la théorie, retiens trois chiffres approximatifs :
- entrée instrument (Hi-Z) : autour de 1 MΩ, c'est celle qu'il faut à une guitare passive ;
- entrée ligne : autour de 10 kΩ, prévue pour un clavier ou une table de mixage ;
- entrée micro : quelques kΩ seulement.
Branchée sur une entrée ligne ou micro, une guitare passive perd ses aigus et son mordant : le son devient terne, comme si on avait tourné la tonalité à fond. Sur une entrée Hi-Z, elle garde tout son caractère.
Sur la plupart des interfaces, l'entrée instrument est une prise jack en façade, parfois signalée par une petite guitare, ou une prise combo avec un bouton « Inst » ou « Hi-Z » à enclencher. Vérifie qu'il est bien activé avant de régler quoi que ce soit. Une guitare à micros actifs (avec pile) tolère mieux une entrée moins haute, mais l'entrée instrument reste le bon choix.
La DI box : quand et laquelle
Une DI box (boîte de direct) transforme le signal de la guitare, asymétrique et à haute impédance, en signal symétrique, à basse impédance et au niveau micro. Elle se branche ensuite sur une entrée micro XLR de l'interface. Elle sert dans trois cas :
- ton interface n'a pas d'entrée instrument, ou elle est déjà prise ;
- le câble entre toi et l'interface est long : au-delà de 5 ou 6 m, un câble jack de guitare perd des aigus et capte du bruit, alors qu'une ligne symétrique en XLR peut faire des dizaines de mètres ;
- tu veux enregistrer le son direct tout en jouant dans ton ampli : la sortie « thru » de la DI renvoie le signal intact vers l'ampli, pendant que la sortie XLR part vers l'interface.
Il existe deux types de DI. La DI active contient une électronique alimentée par le 48 V de l'interface ou par une pile. Son entrée a une très haute impédance, ce qui convient parfaitement à une guitare passive. La DI passive utilise seulement un transformateur, sans alimentation. Elle supporte très bien les niveaux forts des claviers et des guitares à micros actifs, mais elle charge un peu plus une guitare passive.
Pour une guitare électrique passive, la DI active est le choix le plus sûr.
La plupart des DI ont un commutateur « ground lift ». Il coupe la liaison de masse audio entre l'entrée et la sortie XLR de la boîte pour supprimer un ronflement causé par une boucle de masse. C'est un réglage du signal audio, sans aucun rapport avec la terre de l'installation électrique : ne touche jamais aux prises de courant et n'utilise jamais d'adaptateur qui supprime la terre.
La simulation d'ampli : jouer au casque à toute heure
Avec la guitare en direct dans l'entrée instrument, le signal arrive dans ton logiciel parfaitement propre, sans aucun son d'ampli. Il faut alors une simulation d'ampli : un plug-in qui reproduit l'ampli, le baffle et le micro. Beaucoup de logiciels d'enregistrement en livrent une avec leur version de base.
Pour jouer confortablement :
- Crée une piste audio mono, entrée réglée sur l'entrée instrument.
- Insère la simulation d'ampli sur cette piste et active l'écoute de l'entrée (le petit haut-parleur ou le bouton de monitoring de la piste).
- Baisse le tampon audio à 64 ou 128 échantillons. À 48 kHz, 128 échantillons valent environ 2,7 ms dans un sens ; l'aller-retour complet reste en général sous 10 ms, ce qui se joue sans gêne.
- Coupe le monitoring direct de l'interface, sinon tu entends à la fois le son brut et le son traité.
Le grand avantage : la piste enregistre le signal direct, pas le son de la simulation. Tu peux changer d'ampli, de réglage ou de baffle des semaines plus tard, sans rejouer. Garde toujours cette piste brute, même quand tu figes un son pour alléger l'ordinateur.
Les niveaux d'entrée et le bruit
Le signal direct d'une guitare est très pointu : l'attaque de chaque note dépasse largement le niveau moyen. Règle ton logiciel en 24 bits et 48 kHz, puis règle le gain en jouant le plus fort possible, accords plaqués et micro le plus puissant enclenché :
- crêtes vers -12 à -8 dBFS ;
- niveau moyen très bas, souvent sous -20 dBFS : c'est normal ;
- aucun voyant rouge, même sur une attaque sèche.
Ne règle pas le gain « au maximum qui ne sature pas » : les simulations d'ampli sont calibrées pour un niveau d'entrée raisonnable et sonnent souvent plus naturellement avec un peu de marge. Si le son paraît trop sage, monte le gain de la simulation, pas celui de l'interface.
Les micros simple bobinage captent le rayonnement des écrans et des alimentations : un bourdonnement qui change quand tu tournes sur ta chaise. Éloigne-toi de l'écran, oriente la guitare jusqu'à trouver la position la plus calme, et range les chargeurs à distance.
L'ampli microphoné
Si tu as un ampli dont tu aimes le son, le microphoner reste la manière la plus directe de l'enregistrer. Le micro classique pour ça est un dynamique cardioïde, qui encaisse les niveaux forts sans broncher.
Le placement de départ :
- micro à 2 à 5 cm de la toile, face au haut-parleur ;
- pointé vers le centre du cône pour un son brillant et mordant ;
- décalé vers le bord du cône pour un son plus rond et plus doux ;
- incliné de 30 à 45° pour adoucir les aigus sans le déplacer.
Si l'ampli a plusieurs haut-parleurs, écoute-les un par un de près à faible volume : ils ne sonnent pas tous pareil, choisis celui que tu préfères.
En appartement, le volume est le vrai problème. Un petit ampli de faible puissance poussé modérément sonne souvent mieux qu'un gros ampli au ralenti. Une load box (charge fictive) remplace le haut-parleur et laisse l'ampli sonner à son volume normal sans faire de bruit, avec souvent une sortie ligne à enregistrer. Avec un ampli à lampes, ne l'allume jamais sans haut-parleur ou sans charge branchée sur sa sortie : le transformateur de sortie peut griller.
Le réamp : choisir l'ampli après la prise
Le réamp consiste à renvoyer une piste directe déjà enregistrée dans un vrai ampli, puis à enregistrer cet ampli avec un micro. Tu joues tranquillement au casque à 23 h avec une simulation, et tu repasses la piste dans l'ampli le samedi après-midi.
Pour ça, il faut :
- une piste directe enregistrée proprement (avec une DI ou l'entrée instrument) ;
- une sortie ligne de l'interface, qui envoie cette piste ;
- une boîte de réamp, qui fait l'inverse d'une DI : elle transforme le signal ligne symétrique en signal de niveau instrument, à haute impédance, que l'ampli reçoit comme s'il venait de la guitare ;
- un micro devant l'ampli, qui revient sur une entrée de l'interface.
Après l'enregistrement, vérifie l'alignement : le trajet aller-retour ajoute quelques millisecondes. Décale la nouvelle piste pour que ses attaques tombent sur celles de la piste directe.
Questions fréquentes
Est-ce que je peux brancher ma guitare directement dans l'ordinateur ?
Pas dans la prise micro de l'ordinateur, qui n'est pas prévue pour ça. Il faut une interface audio avec entrée instrument, ou un petit câble-interface USB pour guitare, moins souple mais suffisant pour démarrer.
Faut-il une DI box si mon interface a une entrée instrument ?
Non, pas pour brancher la guitare directement. La DI devient utile pour un câble long, pour envoyer le signal à la fois vers l'ampli et vers l'interface, ou si l'entrée instrument est déjà prise.
Pourquoi j'entends un décalage quand je joue ?
Le tampon audio est trop grand. Descends-le à 64 ou 128 échantillons pendant l'enregistrement et remonte-le pour le mixage. Ferme aussi les autres programmes qui chargent l'ordinateur.
Est-ce que je peux brancher ma pédale d'effets avant l'interface ?
Oui. Les pédales se branchent entre la guitare et l'entrée instrument, comme devant un ampli. Garde quand même la saturation principale dans la simulation si tu veux pouvoir changer de son après la prise.

Par Loïc Méraud, 2026. Les produits cités renvoient à leur page sur la boutique, où figurent le prix du jour et la disponibilité.
Le matériel de ce guide
Scarlett Solo 4th Geninterface audioVoir le prix
Opus DI, Amp & Cab Simsimulateur ampliVoir le prix


